Chanter juste
Attention aux confusions
Nos contemporains ont tendance à employer l'expression chanter faux à tort et à travers. Dès qu'une voix ne leur plait pas, ils la qualifient de fausse. La vérité est plus nuancée. On peut tout à fait chanter juste avec une voix qui fonctionne mal (jusqu'à un certain point !). On peut aussi chanter faux avec une très belle voix. Souvent, l'auditeur confond la hauteur d'un son et ses caractéristiques de timbre. Deux affirmations pour commencer
Fausse note ou note fausse
Faire une fausse note n'a rien à voir avec un problème de justesse. C'est simplement commettre une erreur.
Une note fausse est une note émise trop bas ou trop haut par rapport à sa hauteur normale.
Qu'est-ce que chanter juste
Chanter juste c'est être capable de transformer en son réel un son mental mémorisé d'après un code musical défini et acquis. Ce processus comporte trois phases :
La boucle phonatoire
🔹 Entendre : Il est rare que l'audition soit déficiente au point d'être dans l'impossibilité de percevoir le signal sonore. Il est bon de noter toutefois qu'il est plus facile de reproduire un son émis par une voix humaine ou un piano, qu'un son émis par un xylophone (rapport son fondamental-harmoniques).
🔹 Analyser : C'est d'abord travailler sa mémoire musicale. Le cortex stocke une infinité de sons qu'il organise ensuite en langage. A l'écoute d'un son, il le compare à sa bibliothèque sonore. En fonction de la demande, il envoie ensuite un signal au larynx (reproduire le même son, chanter à la tierce…)
🔹 Émettre : Cette troisième phase est dépendante de la technique vocale du chanteur. Même si la demande formulée au larynx est la bonne, il se peut que le geste mal réalisé produise une intonation incertaine.
Les dysfonctionnements
Le manque de pratique musicale : quand la phase d'analyse ne fonctionne pas bien, le chanteur hésite, a une intonation incertaine, voire se trompe de note. C'est typiquement le cas si on demande a une personne de chanter alors qu'elle n'a aucune expérience d'écoute et de production de musique.
Les difficultés pour émettre le son : dans ce cas, la phase d'analyse s'est parfaitement déroulée, mais le geste vocal (la technique) est imprécis. Le larynx, en raisons de tensions par exemple, est mis dans l'impossibilité de respecter la consigne du cortex. La fatigue vocale ou le manque de tonicité en fin de répétition peuvent également provoquer ce type de défaillance.
L'aspect culturel
La musique est un langage. Ne pas en respecter les règles peut nous mettre en difficulté, surtout si nos erreurs se produisent à notre corps défendant. C'est sans doute pour cela que nous avons cette crainte de chanter faux.
Il est intéressant de remarquer que plus la maîtrise de la voix est grande, plus cette crainte diminue.
Les solutions
Elles découlent des explications que vous venez de lire
Si le manque d'expérience musicale est en cause, il vous suffira de pratiquer intensément (agréable remède !).
Si c'est la technique vocale qui manque à l'appel, je crois que vous connaissez déjà la solution...
La respiration dans la voix soutenue : un geste spécifique
Les différences avec la respiration «quotidienne»
En prenant connaissance de ces lignes, vous n'avez pas consciencde de votre respiration. Vous pratiquez la respiration du quotidien, qui exige peu d'air. Vous respirez, mais vous n'en avez pas conscience. Votre effort est minimal. Cette respiration calme nous fait consommer un demi-litre d'air toutes les 3 à 4 secondes. Si nous utilisons la voix chantée ou toute autre voix projetée, nous serons amené vers un effort plus important (plus d'air pour une expiration plus longue)
Le volume de l'inspiration s'accroit d'autant plus que les phrases sont longues et le volume vocal important.
L'expiration, qui correspond au moment de production du son, peut être 2 à 3 fois plus longue que dans la respiration du quotidien. Dans certains répertoires très lyriques, les phrases sont particulièrement longues.
Le moment de détente. Les chanteurs se détendent durant leur inspiration. On laisse l'air entrer en nous. Quand, au fil d'une interprétation, la situation se dégrade pour l'interprète, c'est souvent parce que les reprises d'air ne s'accompagnent pas d'un relâchement. Cette situation est différente de la vie courante où on se relâche en expirant.
Les paramètres de la respiration
Il y en a trois : le rythme : la respiration peut être plus ou moins rapide, l'amplitude : la course du mouvement respiratoire est plus ou moins importante, et le type : costal, abdomino-costal ou abdominal. En chant, le rythme de la respiration est contraint par la phrase musicale. L'amplitude se règle sur la longueur des phrases. Quand au type, il est en partie lié au choix techniques de l'interpète.
L'inspiration costale, très pratiquée chez les chanteurs sans expérience technique n'est pas à conseiller. Elle entraîne souvent des mouvements parasites (élévation des épaules notamment) qui ne sont pas nature à libérer l'émission du son.
L'inspiration costo-abdominale (mixte) correspond souvent au meilleur compromis. Elle permet de tenir des longues phrases et est plus facile à réaliser pour beaucoup de chanteurs que l'inspiration abdominale. (elle leur paraît plus naturelle).
L'inspiration abdominale couplée avec une grande amplitude du geste permet d'affronter les répertoires lyriques avec tranquillité. Mais elle n'est pas toujours adapté aux autres styles musicaux.
Pourquoi parle t-on de respiration basse ?
Plus le diaphragme s'abaisse, plus la cage thoracique s'ouvre et plus le volume air entrant est important. Cet abaissement du diaphragme implique une relâchement des muscles abdominaux, d'où la sensation d'inspiration basse.
L'amplitude de l'inspir est lié aux besoins
Plus le volume d'air entrant est important, plus la pression est forte. Les efforts musculaires pour garder l'air sont très importants. S'il ne s'agit que de chanter des phrases courtes, il est contre-productif de se tétaniser en prenant trop d'air. Pour le répertoire de chanson notamment, les phrases ne dépassent pas 4 à 5 secondes. Une respiration costo-abdominale d'amplitude modérée vous permettra de chanter en confort.
Et pourtant on parle beaucoup de respiration abdominale
Jusqu'à une période récente, l'enseignement de la voix suivait les canons du chant classique. L'interprétation des opéras de la fin du XIXème siècle notamment exigeait une respiration basse. Aujourd'hui, la multiplicité des techniques vocales et des styles nous oblige à tenir un discours plus nuancé.
L'air entre tout seul
Beaucoup de chanteurs sont volontaires dans leurs inspirations. Elles sont trop sonores. Il ne faut pas perdre de vue que l'abaissement du diaphragme, en agrandissant le volume disponible à crée une dépression : l'air entre tout seul comme dans un soufflet de cheminée dont on écarte les poignées. Vérifiez-le en faisant le test suivant :
🔹 Inspirer tranquillement par le nez (1 à 2 secondes)
🔹 Emettre le son sssss ou ch le plus longtemps possible (au moins 10 secondes) en fermant les poings.
🔹 Marquez une seconde d'apnée.
🔹 Lâchez le ventre en ouvrant les poings.
L'air pénètre dans le corps instantanément, sans entraves et sans bruit. Votre inspiration est d'abord passive (élasticité naturelle des organes) puis plus active (vous avez perdu beaucoup d'air durant l'expiration). L'ensemble du processus se fait en détente.
Le soutien du chant se fait en 3 temps
🔹 Vous venez d'inspirer profondément pour attaquer votre phrase chantée. Dans un premier temps, la pression à l'intérieur des poumons est très importante, supérieure à la pression externe. Il est donc nécessaire de limiter le débit pour éviter une émission soufflée ou poussée. les muscles inspirateurs (diaphragme notamment), sont au travail.
🔹 Après quelques secondes de chant, la pression externe et la pression interne s'équilibrent.
🔹 Si votre phrase continue, la pression à l'intérieur des poumons s'affaiblit et est insuffisante pour le bon fonctionnement du larynx. La mobilisation des muscles abdominaux permet alors le maintien du débit.
Le contrôle de la pression
Le bon fonctionnement du larynx implique la maîtrise de la pression sous-glottique. c'est ce qu'on appelle soutenir. Si celle-ci est insuffisante, la voix sera atone et limitée dans ses possibilités (c'est souvent le cas des débutants). Si au contraire elle est trop élevée, le larynx régulera cet excès au détriment de la facilité vocale : on dit alors que le chanteur pousse : l'effort devient audible.
Le vibrato
Le vibrato est une légère oscillation de la fréquence du son fondamental. Cette variation se double généralement d'une variation d'intensité.
La variation de hauteur
Elle se produit plusieurs fois par seconde. Son amplitude est de quelques hertz et ne dépasse pas le quart de ton. Dans le cas contraire, on dit que la voix est instable, qu'elle «bouge»
Comment est-il produit ?
Le vibrato est le résultat d'un équilibre dans le travail musculaire entre deux muscles antagonistes du larynx : les muscles thyro-arythénoïdiens et crico-thyroïdien. Cet équilibre permet une phonation sans crispations. Il est possible de comparer le vibrato au tremblement du genou qu'on remarque quelquefois chez certaines personnes en position assise. Le vibrato est un témoin du bon fonctionnement de la voix. Le squelette du larynx amplifie cette vibration.
Les pratiques vocales et le vibrato
Quatre conditions préalables sont nécessaires pour que le vibrato apparaisse :
🔹 Un minimum de tonicité vocale.
🔹 Un soutien abdominal maitrisé.
🔹 Une émission vocale sans effort laryngé.
🔹 Un débit modéré : sachant qu'une oscillation du vibrato dure à peu près 1/6ème de seconde, on percevra difficilement le vibrato d'une note de courte durée.
De ce fait, tous les chanteurs utilisant le chuchotement et la voix soufflée (très en vogue !) ont une voix non vibrée. Il en va de même pour ceux qui chantent avec des tensions laryngées importantes.
En revanche, le vibrato est souvent présent chez les crowners, certains chanteurs de jazz, et les chanteurs spécialisés dans les comédies musicales. Les chanteurs d'opéra l'utilisent de façon permanente alors que pour des voix moins tonifiées, il est réservé aux notes tenues.
Vibrato artificiel
Certains chanteurs dont l'émission ne permet pas la voix vibrée utilisent des vibrato artificiels. Une des stratégies employées est l'utilisation du diaphragme ou des abdominaux. Le vibrato obtenu sera potentiellement important, plus mécanique à l'écoute et donc esthétiquement moins convaincant.
Peut-on le contrôler ?
Quand il est employé occasionnellement sur des notes longues, il est tout à fait possible de contrôler le moment d'arrivée, l'amplitude et la durée de l'oscillation. Le contrôle est plus difficile pour certains chanteurs lyriques qui vibrent en permanence. Dans ce cas, éliminer le vibrato de la voix est difficile, dans la mesure ou rompre un équilibre provoquera nécessairement des tensions.
Dans la mesure ou le vibrato est lié à la détente, il peut arriver que celle-ci s'accompagne d'un manque de tonicité. Le chanteur perd alors le contrôle du vibrato qui sort des limites de ce qui est acceptable. c'est quelquefois le cas pour des chanteurs en fin de carrière.
L'aspect culturel
En fonction des lieux et des époques, les caractéristiques du vibrato changent. Deux exemples :
Pour certaines musiques traditionnelles chinoises, on aime un vibrato très ample qui serait tout à fait hors de propos en musique occidentale.
A l'opposé, certaines chanteuses de chansons réalistes francaises d'après-guerre avaient un vibrato très rapide qui ne nous conviendrait pas plus.
Ne pas confondre…
…vibrato et trille. Le trille est un ornement, produit de façon complètement contrôlée, et qui consiste en une oscillation d'un demi-ton ou d'un ton en fonction du contexte mélodique et harmonique. Une chanteuse qui effectue un trille entre la et lab oscillera sur 25 hz (440hz pour le la, 415 pour le lab). Si elle chante un son avec vibrato sur cette même note, la fréquence de de celle-ci oscillera de 4 ou 5hz de part et d'autre de 440hz.
Dans l'exemple suivant, la voix de synthèse chante une petite formule de 3 notes avec une voix droite (sans vibrer), puis avec vibrato, enfin elle réalise un trille sur la 2ème note (tout en continuant de vibrer sur la 3ème).
Au fil de la vie
Les enfants chantent sans vibrato. Chez les personnes agées, les caractéristiques du vibrato peuvent changer : oscillation de hauteur plus importante pour ceux qui ont l'habitude du chant, vibrato trop rapide pour d'autres.
Les instrumentistes également
Regardez jouer un violoncelliste. Sur une note tenue, le doigt bouge de façon régulière sur la corde. C'est un vibrato artificiel, que les instrumentistes ont pris l'habitude de produire pour imiter la voix. Ce désir de produire un son vibré à l'image des chanteurs s'est beaucoup développé à partir du XIXème siècle.
Les tessitures des chanteurs
La tessiture d'un chanteur, c'est l'intervalle entre la note la plus grave et la note la plus aigüe que peut émettre de façon satisfaisante un chanteur. Ce terme peut également s'appliquer à un morceau de musique.
L'inné et l'acquis
Tout comme on peut définir une taille moyenne pour un échantillon de population, il est possible de définir une tessiture moyenne : les voix très aigües ou très graves sont rares.
La tessiture peut évoluer
La précision et l'efficacité du geste permettent à un chanteur de faire progresser sa tessiture au fil de son étude du chant, notamment dans l'aigu.
Tout dépend de ce que l'on chante…
🔹 En variété française, l'immense majorité des chansons chantées par des femmes se situent entre sol3 et ré5, soit une octave et demi. En l'occurrence, le but n'est pas de faire des prouesses vocales, mais plutôt de raconter pour émouvoir
🔹 Dans le chant grégorien, les tessitures des pièces sont également limitées : tout le monde doit pouvoir chanter, quelque soit ses moyens vocaux.
🔹 Dans certains répertoires lyriques, la tessiture demandée peut atteindre 2 octaves et demi, la différence se situant dans l'aigu. Certaines chanteuses soul ou jazz utilisent l'aigu beaucoup plus fréquemment qu'en chanson française.
🔹 Certaines chanteuses soul ou jazz utilisent l'aigu beaucoup plus fréquemment qu'en chanson française, pour scattter par exemple.
Dans certains répertoires lyriques, la tessiture demandée peut atteindre 2 octaves et demi, la différence se situant dans l'aigu. Certaines chanteuses soul ou jazz utilisent l'aigu beaucoup plus fréquemment qu'en chanson française.
Et des options qu'on choisit
Le type de musique pratiqué implique des choix techniques. Le répertoire classique est inaccessible aux voix féminines n'ayant pas une bonne maitrise de la voix de tête. A l'opposé, une femme qui veut chanter de la variété n'utilisera que la voix de poitrine ou presque. Pour les voix d'hommes, toutes les musiques actuelles qui nécessitent un engagement vocal important, utilisent l'aigu en voix de poitrine. Il en va de même dans le répertoire lyrique.
La nasalité
Nasal/ non nasal
Un petit test pour commencer. Tenez le son on, puis sans vous arrêter, pincez le nez.
🔹 Le son s'interrompt : cela signifie que le flux d'air porteur de l'onde sonore passe intégralement par le nez et que donc le voile du palais, en s'abaissant, ferme la cavité buccale. Le son on est alors purement nasal.
🔹 Le volume sonore du son est atténué : cela signifie que le flux d'air se répartit entre cavité buccale et fosses nasales, et que donc le voile est partiellement abaissé. Le son on est alors moins nasal, puisqu'une partie du son passe par la bouche. Autrement dit, la position du voile du palais permet de moduler le degré de nasalisation d'un son.
🔹 Le petit schéma ci-dessous donne une illustration. A gauche, le voile du palais ferme les fosses nasales : l'intégralité de l'énergie sonore part vers la cavité buccale. C'est normalement le cas quand vous prononcez le son a (voyelle orale). A droite, le voile du palais s'est en partie abaissé : c'est le cas si vous prononcez le son an moyennement nasalisé (voyelle nasale).
🔹 Vous pouvez également essayer ceci : devant un miroir, émettez un a tenu, puis, sans refermer la bouche ni interrompre le son, passez du a au an. vous verrez alors le voile du palais s'abaisser. Le son a est une voyelle orale, le an ou le on sont des voyelles nasales.
Quels types de sons ? Qui est concerné ?
🔹 En français, l'abaissement du voile du palais nous permet d'émettre les consonnes n, m, gn, ainsi que les voyelles an, on, in et un. Toutes les langues comportent des nasales. Il arrive quelquefois chez certaines personnes, que le voile du palais reste en permanence plus ou moins abaissé. la voix parlée devient alors nasale. c'est le cas notamment pour certains habitants des États-Unis.
Est-il dommageable de parler ou chanter nasal ?
Concernant le fonctionnement vocal, la nasalisation ne pose pas de problème pour l'intégrité de votre larynx.
Concernant la perception de votre voix, il en va tout autrement. A partir d'un certain seul de nasalité, en Europe, une voix est considérée comme laide. elle peut en revanche être appréciée dans une ethnie dont la langue est très nasale.
Les conséquences audibles de la nasalité
🔹 La déperdition d'énergie dans les fosses nasales est importante : à qualité d'émission égale, le volume sonore émis est moindre. La cavité buccale est un meilleur amplificateur que les fosses nasales
🔹 La compréhension est plus difficile : les phonèmes sont moins différenciés. En effet l'air passant par le nez n'est pas contrôlé par la langue qui permet l'articulation.
Les effets induits
La difficulté de s'auto-corriger et le besoin d'une meilleure performance vocale peut amener certains orateurs et chanteurs à d'autres défauts vocaux : il n'est pas rare d'entendre des voix nasales et engorgées.
une stratégie d'amplification imparfaite
Certains orateurs ou chanteurs, en cherchant intuitivement une voix qui porte se mettent à nasaliser. On peut remarquer cela chez certains chanteurs de musique traditionnelle.
Encore un test
Vous pouvez maintenant poser l'index à l'horizontale sous le nez et émettre un m : vous sentirez alors un souffle chaud. C'est normal, puisque les lèvres sont fermées et que le son passe par le nez. Si le phénomène est encore perceptible avec un a, c'est que votre voyelle est nasalisée.