Défendre les musiques qu'on aime
On pourrait croire que le terme interprétation recouvre essentiellement des sensations subjectives. Qu'est-ce qu'une bonne interpétation ? Un chanteur inspiré ? Pour beaucoup d'entre vous, ces expressions sont parlantes, mais vous vous demandez ce qu'elles désignent concrètement.
Ces notions recouvrent des réalités musicales qu'il est possible d'acquérir.
Le travail réalisé quotidiennement avec vous dans la seconde partie des cours est destiné à mettre en place une méthode de travail et des réaflexes de créativité.
Définir l'indéfinissable
Pour toute phrase musicale, on peut énumérer un certain nombre de paramètres qui la rendront plus agréable à écouter, plus émouvante. Je laisse volontairement de côté l'aspect technique vocale abordé dans les autres pages. Quelques exemples.
Texte : la prise en compte des accents toniques dans leur longueur et/ou leur intensité
Texte : la qualité d'articulation, le rapport de longueur des consonnes et des voyelles, le doublement de certaines consonnes.
Texte : la ponctuation
Ligne mélodique : la capacité à déterminer les points d'appui
Ligne mélodique : la variation du volume
Ligne mélodique : le rubato, c'est-à-dire la faculté d'introduire des variations de vitesse à des fins expressives.
Les accents
C'est souvent une des faiblesses des nouveaux élèves : dans les langues étrangères, ils banalisent le texte en chantant tout au même niveau d'intensité et de longueur. Dans plusieurs langues (italien, allemand et anglais notamment), l'accent d'intensité ou de longueur est plus marqué qu'en français.
Quand vous prononcez le mot : «immense», vous réalisez un accent de longueur sur la première syllabe «im». cet accent sera d'autant plus long si vous désirez insister sur cet adjectif.
Quand vous dîtes : «I do this», vous réalisez un accent d'intensité sur «do». Contrairement à l'exemple précédent, la syllabe n'est pas forcément allongée mais plutôt prononcée avec plus d'intensité.
La qualité d'articulation
On pourrait dire de façon simplifiée que passer du parler au chanter c'est allonger les voyelles. Cet allongement, qui peut devenir très important dans une vocalise, rend plus aléatoire la perception des consonnes et donc la compréhension. Un chanteur doit nécessairement «surligner» ces consonnes en leur donnant plus de projection.
La ponctuation
Lors de séances de travail sur la voix parlée, la question des micro-silences et de leur efficacité dans le discours est souvent abordée. De même pour la voix chantée, notre travail nous amènera à nous préoccuper de la ponctuation et de son utilité pour y placer des respirations.
La mélodie et ses appuis
Pour bien construire une phrase musicale, il faut pouvoir mettre en valeur la ou les notes les plus importantes. Souvent, on s'appuiera sur le texte pour les déterminer : tous les accents n'ont pas le même intérêt.
La mélodie et ses variations de volume
On pourra ainsi créer des variations de volume à l'intérieur d'une phrase : faire un crescendo jusqu'à l'accent important puis diminuer ensuite.
Sans oublier… le reste
D'autres paramètres existent pour donner tout son charme à une phrase musicale : je ne cite ici que les plus importants.
Certains le font spontanément
D'une personne à: l'autre, la capacité à prendre en compte ces éléments est plus ou moins rapide. Certains sont spontanées. D'autres mettent plus de temps à sortir d'un chant purement solfégique. Ce qui importe pour le pédagogue, c'est de pouvoir proposer des outils qui leur permettent à eux aussi, de toucher, d'émouvoir.